lundi 31 octobre 2011

Je n'aimais pas les gens. Je n'aimais pas leur sourire timide et hypocrite. Je n'aimais pas leur satisfaction, je n'aimais pas leur bonheur. Je n'aimais pas les voir avoir ce que je n'avais pas. Leurs discussions sur le soleil et la pluie m'exaspéraient ; comment autant d'idiots pouvaient se satisfaire mutuellement sans avoir l'angoisse de se rendre encore plus crétin qu'ils ne l'étaient? Les couples m'agaçaient et les couples divorcés, aussi. Pourquoi n'étaient-ils pas foutu de rester ensemble et d'assumer leur ponte. Les couples reconstruits. Les familles, les bambins, enfants braillants et adolescents. D'où venait ce besoin de fonder une famille et d'acheter une maison, qui faisait que chaque Homme fondait une famille et achetait une maison. Je n'aimais pas leur simplicité, je n'aimais pas leur façon de vivre sans trouble et insanité. Je n'aimais pas cet ennui asphyxiant. Avant, je me demandais quelle malédiction m'était tombée dessus pour que je ne veuille ni conjoint, ni conjointe. Ni objet sexuel, ni enfant, ni bambin. Je ne pouvais pas concevoir qu'on veuille s'attacher à des gens et restreindre sa liberté en devenant dépendant. Comment pouvait-on devenir aveugle, sourd et léthargique à force de baigner dans un quotidien mou qui devait apporter le bonheur. Quel bonheur. Je ne voulais pas de celui là. Pourquoi ne voulais-je ni maison, ni famille, ni bonheur. Parmi les réponses à ces questions, y'en avait qu'une de concrète.


Je suis une emmerdeuse.

mercredi 28 septembre 2011

La Baltringue,

Camille Ladingue, la Baltringue qui aimait se prendre des tartes
Le dingue, l'Incontournable.
Grand et élancé, visage efféminé ; une douceur dans un corps d'homme 
Ou une tapette comme on aime le surnommer.
C'est une victime. C'est un rêveur. 
Pourquoi t'as un nom de fille Baltringue? Ta bite est trop petite?
Camille est un garçon, pourtant. Plus que jamais il aime les filles 
bien trop sûrement pour en oublier aucune.
Les mains sales, le visage en sang faut dire que le rouge lui va bien au teint ; il a la poisse. Baltringue t'aimes bien t'habiller 
Comme Miss Univers, t'aimes chauffer ceux qui valent pas la peine d'être vus. Mais le dingue est toujours libre, les doigts baladeurs et la tête Ailleurs.
Qu'est-ce que tu fous par terre Baltringue?  
Je m'en suis pris deux et j'étais fatigué.
Baltringue vit dans la rue.
Il est sale et pourtant toujours à la pointe de ce qu'on attend de lui.
Un jour guerrier, l'autre kamikaze. Parfois masochiste, parfois pacifiste. 
Un homme polyvalent, en somme.
Baltringue j'aime bien tes fringues. Il aime le détail, 
La touche qui énerve ou qui fascine. La touche qui le rend différent.
Mais il n'a pas besoin de grand chose, suffit d'entendre son rire pour comprendre.
Arraché, éclaboussé, éraillé. Les échos de son rire résonnent dans les grottes de mon inconscient.
Il est même là où il n'est pas, le vicelard. On ne lui cache rien, il n'en sera pas effrayé. Baltringue voit la réalité comme nous nous voyons.
Rien à cacher, rien à craindre. 
Pas même les coups qui lui cassent trop souvent le nez.
Baltringue pourquoi tu saignes? T'aimes te sentir vivant, 
T'aimes la douleur qui fait de toi un homme. 
Tu es vivant parce que tu as mal. Un peu pathétique sur certains bords mais ça il le sait.
Camille sait des choses qu'il ne sait pas qu'il sait. C'est une Baltringue instinctive,  proche des petites choses. Petites choses qui, finalement, 
N'atteignent son esprit grâce à sa légèreté célèbre qu'on lui envie.
T'aimes te sentir seul, Baltringue.
Aucune attache, aucune conséquence. 
Peu importe qu'il soit solitaire, puisque aussi libre que l'air ; il est là où le vent souffle. Aux quatre coins du monde, garçon, tu voyages. 
Adepte de l'intense et de l'effusif ton cœur est sans cesse en éruption. 
Jamais tu chiales et t'as toujours la même gueule, 
Y'a que ton rire et ta voix qui laissent paraître ce que t'es.
Baltringue, à toi tout seul, t'es une œuvre d'Art ; ma muse, mon Art.



samedi 27 août 2011


L'image la plus claire que j'ai pu garder d'elle, c'était là, dans l'ombre. J'ai pas été spécialement chanceux sur le coup, mais je la vois sourire et c'est largement suffisant. Cette nana, Lulu, c'était une sacré meuf. Elle souriait tellement que j'ai jamais vraiment capté la couleur de ses yeux. Je la revois danser seule, absolument éprise par la musique, le rythme. Je sais pas si elle était défoncée. Je pensais qu'elle avait bu pour être aussi déchaînée. Puis j'ai appris que Lulu était toujours clean. Elle avait simplement un pet au casque... Ça lui allait vraiment bien. Mais juste à elle, j'dois avouer. Parce que, maintenant que j'y repense, je vois pas qui aurait pu se comporter comme Lulu tout en gardant mon estime. Vous trouverez ça étrange si je vous disais que Lulu, je ne m'y suis jamais vraiment intéressé, mais je lui trouve bien des qualités qui me plaisent. Y'avait comme une distance entre elle et nous. Je veux dire, elle ne paraissait pas spécialement timide mais son langage à elle, c'était plutôt le rire. Moi j'ai du mal à rire pour de la merde. Lulu ,elle, en avait fait son premier Art.
L'autre nana bizarre que j'ai effleuré dans ma vie c'était... J'sais plus son prénom... Un truc qui se finisait en " a ". Maria, Monika, Anastasia ou peut-être Mona. J'en ai plus aucune idée, mais c'était un prénom à connotation étrangère. Un truc qui vous dit " attention mon vieux, ça, c'est du caractère ". Pour le moment, appelons la Mona.

Mona elle était plus dans le genre introvertie... Dans un genre bien à elle qui, par sa discrétion, devenait intriguant. Elle ne parlait pas beaucoup et ressemblait à une chatte. La chatte au sens propre, avec toute sa sensualité et dans toute sa splendeur. Avec un regard qui se promène un peu partout, avant de se fixer quelque part dans le vide, pour repartir à la chasse. Elle était super pâle et avait la gueule d'une fille intelligente qui mûrissait en silence, bien loin du trafic des snifeurs de colle. Pourtant, Monsieur Duballe qui était notre prof de maths au collège a commencé à la faire chier dès le premier trimestre... En lui disant d'abord que les maths c'était important. Au deuxième trimestre, il lui dit que c'était prétentieux de s'autoriser à ne rien foutre en mathématiques parce qu'on réussissait en français. Mona, elle, acquiesçait. On n'aimait pas spécialement Mona - bien qu'on la trouvait bonne -, mais on pensait tous que ces remarques répétées étaient dégueulasses.

Puis on a fini par s'amuser du pauvre monsieur Duballe qui s'exaspérait : il lui disait qu'elle réussirait pas dans la vie avec un comportement aussi peu impliqué dans d'autres centres d'intérêt que le sien. Il lui gueulait dessus en lui disant qu'elle arriverait à rien, il devenait sacrément rouge ce type, j'avais jamais vu ça. Et c'est en contemplant Mona qui acceptait cette phrase avec une grande sagesse qu'on a compris qu'elle en avait strictement rien à foutre de cet homme. De son cours. De ce qu'il pouvait lui dire. Mona, ça reste la figure philosophique de ma vie : Socrate, Platon, Rousseau ne peuvent la dépasser. J'étais sur le cul de voir une fille, si jeune et si calme, aussi déterminée. J'ai tout capté d'un coup. Mona elle savait ce qu'elle voulait, elle avait besoin de personne pour lui ouvrir les yeux. Comme si elle était née avec un don, et qu'elle sentait qu'il fallait qu'elle s'en serve au maximum. Je suis presque sûr que dans sa tête, c'était l’Éden mélangé à des mots qui s'entremêlaient. Elle était bien comme ça, et n'avait besoin de rien d'autre.

Mona elle est finalement devenue critique littéraire puis a publié son premier livre en 2015. Je l'ai su d'après la couverture de ce nouveau roman qui fait un véritable carton. Grâce auquel j'ai pris plaisir à comprendre ce que pouvait cacher un bout de femme si calme et réservé.

jeudi 30 juin 2011



 J'ai fait un rêve l'autre nuit... Une fille s'enracinait, exactement comme un arbre. La nature continuait de se développer autour d'elle, tandis qu'elle s'immobilisait de plus en plus. Des gens circulaient et elle parlait pour attirer leur attention mais personne ne l'entendait. Tous étaient sourds et défilaient sans jeter ne serait-ce qu'un coup d’œil à la pauvre fille tronc. Alors elle restait comme ça des heures... A regarder les choses changer, à dormir debout. Son corps perdait toutes ses fonctions, elle ne pouvait plus se nourrir. Son corps devenait maigre, maigre et personne ne le voyait. Parfois elle se mettait à hurler et à pleurer ; elle essayait de cracher sur les personnes indifférentes autour d'elle puis elle entrait dans des hystéries folles. Certains chiens s'arrêtaient pour lui pisser dessus, mais ça comparé à l'indifférence c'était pas grave. Cette fille qui se faisait pisser dessus et qui était emprisonnée vivante dans du bois devenait assez pathétique. Mais c'était la seule a en avoir conscience. 

Des insectes commençaient alors, peu à peu, à prendre vie sur ses côtes. Ils traversaient son ventre et entraient dans ses oreilles. Et quand cette vie dégueulasse commença à fourmiller en elle, la dernière du se rendre à l'évidence ; elle était devenue un arbre. Juste un arbre immobile et passif. Toute sa personne se retrouvait couverte d'écorce et seuls ses yeux pouvaient bouger. Deux prunelles bleues qui ne cessaient de briller. Dedans on lisait la tristesse et la peur. Le dégoût quand des larves avaient éclos. L'angoisse ou le désespoir. Et parfois, parfois elle arrivait à être sereine. Elle réussissait à se dire qu'être un arbre dans la vie n'était pas si mal. Qu'elle aurait pu devenir droguée ou alcoolique. Femme battue ou homme politique. Non, elle était certes un arbre modeste mais cette osmose qu'elle s'était trouvée avec les saisons et les insectes lui donnaient satisfaction. Elle servait à quelque chose en étant elle même. 

Alors ses yeux se promenaient doucement, balayaient le sol puis les gens, avant de prendre de la hauteur et de regarder les feuilles. A travers la verdure, durant les jours ensoleillés, elle pouvait parfois apercevoir le ciel bleu, et ça la rendait heureuse. Et même si ça faisait mal d'avoir les yeux tournés vers le haut à longueur de journée, elle refusait de regarder ailleurs. Les jours suivants elle perdait doucement son cerveau et les idées passaient de moins en moins. Durant l'été, elle regarda le ciel trois jours d'affilée et ses yeux se desséchaient, peu à peu. Avant de rester ouverts pour toujours, face au ciel, comme une onde d'espoir.



Girl, Interrupted
Le p'tit Branleur.


Aujourd'hui, il fait noir. Espoir, Poignard, Têtard, Billard, Motard. Brouillard. Maussade, écrasé mais peinard je me lève et ce que je vois pas la fenêtre doit être une illusion. Des milliards de lumières bleues empoisonnent le paysage paisible que je vois tous les matins. Je regarde l'heure ; 3heures42. Là j'me dis qu'il faut vraiment être con pour qu'il arrive une merde à 3heures42. Ça doit être la mémé d'à côté qui a claqué. Sauf qu'une fois la tête dehors, une masse informe git par terre. Un corps à souper. Étalé, visqueux et écrabouillé ; ça m'ouvrirait presque l'appétit.

Entre le sang et les morceaux de cervelle, y'a cette chevelure blonde. Elle me nargue ; elle me dit que j'aurais jamais le bonheur de l'effleurer. La cervelle aussi me parle : elle me dit que j'ai pas eu sa chance. Sa chance? Dur réveil, je m'éclaircis les idées et j'arrête d'halluciner. Je me penche sur mon rebord décoré par pleins de merdes de pigeons, et je vois quelques voisins qui sont réunis en bas et qui pleurent. Ça fait sept ans que j'ai pas versé la moindre larme... Je ressens le besoin de descendre pour comprendre. Les pieds nus, à même le sol ; c'est que j'avais pas prévu la froideur du carrelage de ce couloir pourri... Voilà, je sors dehors et j'suis rapidement pris par cette ambiance de feuilleton télé. Y'a des flics joliment habillés en bleu et mes voisins qui chialent les uns sur les autres en peignoir. J'ai jamais parlé à mes voisins, pourtant voilà qu'un quarantenaire s'approche pour étaler sa conscience. Il me dit que c'était une fille tellement belle et tellement brillante. Il emploie d'abord le mot belle, puis brillante. Parce que dans sa tête c'est le fait qu'elle soit belle qui est important. Pauvre idiot. Ensuite, il me raconte l'histoire avec une pointe d'hésitation quand il voit que je ne le regarde pas. Ben non j'te regarde pas, connard. Moi, je suis trop occupé à regarder le reste de cette jolie voisine tartiné à même le sol.

Elle avait mon âge et vivait cinq étages au-dessus. A l'époque j'avais le choix entre l'appart de mon étage actuel, et les appartements cinq étages au dessus qui étaient tous vides. J'regrette presque mon choix... Si j'avais choisi le studio du cinquième on aurait vécu sur le même palier et sûr que je l'aurais rencontré. Sûr qu'elle m'aurait plus ; j'aime bien les blondes. Mais d'un autre côté, si j'avais choisi celui d'au-dessus, qui me dit qu'elle n'aurait pas préféré celui d'en-dessous. Elle aurait choisi le deuxième étage, c'est certain, les gens recherchent tous la simplicité... Ça lui aurait p't'être épargné sa mort... Je me mets à culpabiliser d'avoir choisi un appartement que cette femme aurait pu choisir ; dans quel cas elle n'aurait pas pu se suicider en se jetant de sa fenêtre comme vient de me le décrire M.Chouchou. M.Chouchou c'est le voisin qui me parle et dont je n'ai pas réussi à retenir le nom ( et Chouchou c'est la seule chose qui me vient à l'esprit. ) Bref. Si on suit ma logique, je suis responsable du suicide de cette voisine blonde...

Puis, Monsieur Chouchou m'en apprend d'autres ; cette fille était heureuse, elle avait une bonne vie. La nana était en fac de médecine, sa troisième année, sans redoublement. Vraiment belle et brillante, qu'il me répète. J'ai envie de dire à monsieur Chouchou de fermer sa gueule, parce qu'on est pas heureux quand on se jette du septième étage. Sauf si on est sous LSD. Mais apparemment cette fillette est une fillette sans problèmes. Mon imagination me joue des tours : le corps se reconstitue devant moi ; peu à peu les morceaux s'assemblent et les boyaux sont à nouveau à leur place. La blonde est reconstituée et elle est plutôt jolie, elle me parle et me dit que j'aurais pu l'aider. Monsieur Chouchou m'interpelle et le corps redevient bouillie. Je me tourne enfin vers sa tête de grassouillet, et ça a l'air de le rassurer.

Si je savais que ça faisait trois semaines qu'elle n'était pas sortie de chez elle? Non, je ne le savais pas. Mais certains voisins oui apparemment et ça ne les avaient pas gênés, jusqu'au moment où arrivent les ambulanciers et les pigeons. Moi aussi, j'en avais rien à foutre de cette voisine du septième, brillante et belle. Pourtant je suis bien là 3heures58 pour contempler sa dépouille que ne m'intéresse que décomposée.



Le monde est vaste.