samedi 27 août 2011

L'autre nana bizarre que j'ai effleuré dans ma vie c'était... J'sais plus son prénom... Un truc qui se finisait en " a ". Maria, Monika, Anastasia ou peut-être Mona. J'en ai plus aucune idée, mais c'était un prénom à connotation étrangère. Un truc qui vous dit " attention mon vieux, ça, c'est du caractère ". Pour le moment, appelons la Mona.

Mona elle était plus dans le genre introvertie... Dans un genre bien à elle qui, par sa discrétion, devenait intriguant. Elle ne parlait pas beaucoup et ressemblait à une chatte. La chatte au sens propre, avec toute sa sensualité et dans toute sa splendeur. Avec un regard qui se promène un peu partout, avant de se fixer quelque part dans le vide, pour repartir à la chasse. Elle était super pâle et avait la gueule d'une fille intelligente qui mûrissait en silence, bien loin du trafic des snifeurs de colle. Pourtant, Monsieur Duballe qui était notre prof de maths au collège a commencé à la faire chier dès le premier trimestre... En lui disant d'abord que les maths c'était important. Au deuxième trimestre, il lui dit que c'était prétentieux de s'autoriser à ne rien foutre en mathématiques parce qu'on réussissait en français. Mona, elle, acquiesçait. On n'aimait pas spécialement Mona - bien qu'on la trouvait bonne -, mais on pensait tous que ces remarques répétées étaient dégueulasses.

Puis on a fini par s'amuser du pauvre monsieur Duballe qui s'exaspérait : il lui disait qu'elle réussirait pas dans la vie avec un comportement aussi peu impliqué dans d'autres centres d'intérêt que le sien. Il lui gueulait dessus en lui disant qu'elle arriverait à rien, il devenait sacrément rouge ce type, j'avais jamais vu ça. Et c'est en contemplant Mona qui acceptait cette phrase avec une grande sagesse qu'on a compris qu'elle en avait strictement rien à foutre de cet homme. De son cours. De ce qu'il pouvait lui dire. Mona, ça reste la figure philosophique de ma vie : Socrate, Platon, Rousseau ne peuvent la dépasser. J'étais sur le cul de voir une fille, si jeune et si calme, aussi déterminée. J'ai tout capté d'un coup. Mona elle savait ce qu'elle voulait, elle avait besoin de personne pour lui ouvrir les yeux. Comme si elle était née avec un don, et qu'elle sentait qu'il fallait qu'elle s'en serve au maximum. Je suis presque sûr que dans sa tête, c'était l’Éden mélangé à des mots qui s'entremêlaient. Elle était bien comme ça, et n'avait besoin de rien d'autre.

Mona elle est finalement devenue critique littéraire puis a publié son premier livre en 2015. Je l'ai su d'après la couverture de ce nouveau roman qui fait un véritable carton. Grâce auquel j'ai pris plaisir à comprendre ce que pouvait cacher un bout de femme si calme et réservé.

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