jeudi 30 juin 2011



 J'ai fait un rêve l'autre nuit... Une fille s'enracinait, exactement comme un arbre. La nature continuait de se développer autour d'elle, tandis qu'elle s'immobilisait de plus en plus. Des gens circulaient et elle parlait pour attirer leur attention mais personne ne l'entendait. Tous étaient sourds et défilaient sans jeter ne serait-ce qu'un coup d’œil à la pauvre fille tronc. Alors elle restait comme ça des heures... A regarder les choses changer, à dormir debout. Son corps perdait toutes ses fonctions, elle ne pouvait plus se nourrir. Son corps devenait maigre, maigre et personne ne le voyait. Parfois elle se mettait à hurler et à pleurer ; elle essayait de cracher sur les personnes indifférentes autour d'elle puis elle entrait dans des hystéries folles. Certains chiens s'arrêtaient pour lui pisser dessus, mais ça comparé à l'indifférence c'était pas grave. Cette fille qui se faisait pisser dessus et qui était emprisonnée vivante dans du bois devenait assez pathétique. Mais c'était la seule a en avoir conscience. 

Des insectes commençaient alors, peu à peu, à prendre vie sur ses côtes. Ils traversaient son ventre et entraient dans ses oreilles. Et quand cette vie dégueulasse commença à fourmiller en elle, la dernière du se rendre à l'évidence ; elle était devenue un arbre. Juste un arbre immobile et passif. Toute sa personne se retrouvait couverte d'écorce et seuls ses yeux pouvaient bouger. Deux prunelles bleues qui ne cessaient de briller. Dedans on lisait la tristesse et la peur. Le dégoût quand des larves avaient éclos. L'angoisse ou le désespoir. Et parfois, parfois elle arrivait à être sereine. Elle réussissait à se dire qu'être un arbre dans la vie n'était pas si mal. Qu'elle aurait pu devenir droguée ou alcoolique. Femme battue ou homme politique. Non, elle était certes un arbre modeste mais cette osmose qu'elle s'était trouvée avec les saisons et les insectes lui donnaient satisfaction. Elle servait à quelque chose en étant elle même. 

Alors ses yeux se promenaient doucement, balayaient le sol puis les gens, avant de prendre de la hauteur et de regarder les feuilles. A travers la verdure, durant les jours ensoleillés, elle pouvait parfois apercevoir le ciel bleu, et ça la rendait heureuse. Et même si ça faisait mal d'avoir les yeux tournés vers le haut à longueur de journée, elle refusait de regarder ailleurs. Les jours suivants elle perdait doucement son cerveau et les idées passaient de moins en moins. Durant l'été, elle regarda le ciel trois jours d'affilée et ses yeux se desséchaient, peu à peu. Avant de rester ouverts pour toujours, face au ciel, comme une onde d'espoir.

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